HOLIDAY MAGAZINE. Cover & Interview. n*69.

It´s been around a year I haven’t took time to write about what I lived and created. I’ve been traveling some, and focus on where I was as much as possible.

Somehow because of the internet being a time thug, and also because I needed to juxtapose informations ino rder to fuse a global understanding. Or maybe just for lazyness…or because I’d rather go out or paint than be in front of the computer.

HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed Cover
HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed Cover

But hopefully someone did part of it for me. Indeed, last year, the atelier Frank Durand contacted me because they were interested in featuring an interview with me. I had the pleasure to meet François Musseau et Matthieu Salvaing who came to visit me this summer,  in my studio, in Madrid.

ART AS A REMED(Y) is the title Francois choosed for the interview. L’Art comme Remède. Because Art is made to cure. To remember, to recognize, to oversee, to understand, to question, to tell, to heal.

Here is the result (pictures and text) of 8 hours spent in the heart of the old Madrid with the writer and then the photograph, in an ancient convent which is now the place where I work beside other fellows :

“L’Art comme Remed.

Sa signature est une intrigante arabesque. Quelque chose qui part comme un «G», s’enroule à la manière du «huit» de l’infini sans toutefois boucler la boucle, pour finir vers le haut, en suspens –on y verrait volontiers le sceau d’une cryptique confrérie. L’auteur affirme qu’elle ressemble à son première tag, esquisse de la première lettre de son prénom, Guillaume. On lui a dit qu’elle a des airs de lampe d’Aladin, s’apparente à un parfait triangle équilatéral, prend des allures du sanskritique «om» ; lui-même s’est rendu compte –longtemps après avoir commencé à la griffer aux quatre vents- qu’elle correspond, par symétrie inversée, à l’idéogramme chinois «image». Ce qui n’a rien pour déplaire à l’intéressé qui, plus que toute autre chose, représente, donne à voir, modèle des contours figuratifs semblant rêver d’abstraction. Cette signature, apposée sur ses toiles et sur ses murs planétaires, il l’a aussi tatouée en son for intérieur, sous le bras droit, pointée vers l’aisselle.

HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed's interview
HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed’s interview

Street Artist nomade, Guillaume d’Alby REMED (parce que l’art doit forcément briller pour ses vertus curatives) est un peintre calligraphe. A force d’avoir, à bout de bras, manié le spray, le rouleau, le fatcap ou la craie, il s’est forgé un alphabet en couleur, un algèbre pictural. « Mis à part le sumérien, glisse-t-il, tous les alphabets ont des origines figuratives». Il confie aussi : «Je fais des rimes avec des couleurs et des formes pour exprimer l’émotion, le sentiment, l’évolution de la pensée». Un peu sur le mode des correspondances rimbaldiennes, chez lui les frontières sont diffuses entre couleurs et mots, signifiant et signifié, matière et sens. Un processus alchimique : oui, le plomb peut devenir or. Ses sérigraphies, souvent des morceaux de corps humains décomposés aux formes oblongues, des corps enlacés ou cherchant à l’être, ressemblent à s’y méprendre à des lettres. Inversement, sur ses peintures murales, les lettres proclament leur autonomie colorée, vivante, vibrante.

Ainsi, en mars 2013, sur la blancheur de chaux d’un panneau mural de 10 x 60 mètres d’un musée marseillais, il écrit : «L’Art, c’est l’introspection extravertie/ J’ai eu peur d’oublier pourquoi je peint/J’écris et je me souviens/ Alors je sens, dès lors je suis/ Marseille je te vis dès à présent j’existe en cet instant». C’est une ode à la cité phocéenne où les lettres resplendissent de couleurs primaires (bleu, jaune, rouge, on pense à Joan Miró), contresignée de lignes entremêlées qui sont ces mêmes lettres réitérées librement. C’est entre le lisible et l’illisible, c’est fait pour être déchiffré, scruté, senti. Quinze ans après avoir commencé à exercer son art, l’école primaire de son enfance (à Lambersart, près de Lille) le contacte pour peindre une façade. Même idée : un poème en formes colorées. Les jeunes écoliers n’ayant pas les vertus d’un Champollion, et par égard pour eux, REMED transcrit sur le côté : « La mémoire de l’eau/Le pouvoir de l’intention/La vie par la vibration/ au delà du réel et de l’illusion».

HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed's interview
HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed’s interview

On croit lire du rap scandé ? Pas étonnant, il a commencé en chantant –ce qu’il fait toujours, mélange de rap, soul et reggae, sur des beats de son logiciel de montage. A vrai dire, il s’est lancé de façon hors normes, sans fréquenter une quelconque école de beaux-arts. A l’origine, il a 17 ans, il fréquente un atelier créatif pour ados une heure par semaine ; à 20 ans, toujours à Lille, vierge en peinture contemporaine, le voilà à l’Esat, école de design où il s’acclimate avec des logiciels de graphisme ; à 23 ans, un voyage initiatique au Maroc lui fait connaître le père d’un ami, l’artiste Mahjoud Ben Bella. Le déclic. Guillaume d’Alby sort de son atelier-tour d’ivoire, ivre de montrer son travail au grand jour, à l’air libre, à la multitude. Plongeon à Barcelone où, peignant des graffitis, il se fait agresser à deux reprises. «Mon destin ne s’est pas joué à grand chose» : une galerie remarque son style, une expo aura lieu six mois plus tard, une gallerie l’invite, puis, en 2008, c’est au tour d’une agence de Curitiba de lui offrir son premier mur ; il y peint «Everything you see». Le voilà lancé, tout peut être vu et perçu, l’art est son plein remède. Et, depuis lors, de Johannesbourg à New-York, il ne cessera plus d’être demandé.

Jeune, dans la grisaille du nord, il implorait à sa fenêtre l’irruption du soleil. Aujourd’hui, il rayonne à Madrid, son son havre, sa base, sa niche d’inspiration. Qu’importe s’il y cohabite avec quatre autres artistes dans un dédale de pièces bas de plafond et quelque peu obscures ; de la fenêtre de la cuisine, l’œil est éclaboussé par un puits de lumière donnant sur une corrala, un bâtiment typique de la ville d’antan ; son atelier et sa chambre se jouxtent et se confondent -un entrelacs de toiles, livres, statuettes mexicaines autour de deux ordinateurs («C’est bien tout ce que je possède»)-, loués à prix modique par le poissonnier qui vend sa marchandise au rez-de-chaussée : on est dans un des plus vieux bâtiments de la capitale, en plein centre historique, le peintre Goya y aurait fréquenté des putains, et cette rumeur lui sied : « Ce fut un monastère de nonnes, puis un bordel, aujourd’hui des artistes. La sainte trinité, nous entre prostitution et sainteté, j’aime !», rie-t-il. Jean taille basse, survêt’ à cagoule, bonnet de laine sur son crâne rasé et moustache sous un regard émerveillé, il est à son aise, son existence et son art confondus. Dans l’attente gourmande de son prochain voyage. Bientôt Lisbonne, Perth, Miami, Toronto…

Les grafittis au hasard de la ville, il s’y adonne encore. Mais plus comme avant. «Au début, j’y passais quinze bonnes minutes. Mais j’ai de mauvais souvenirs de nuits passées au commissariat, traité comme un chien. Horrible». Récemment, sur des édifices madrilènes, il a peint quelques-unes de ses phrases fugaces, «blanco ante gris» (le blanc face au gris), «Amor al arte» (amour de l’art), «amor y poco más» (amour et pas beaucoup plus). « C’est une trace réalisée en quelques secondes, c’est comme du jazz, du free-style». Qu’importe puisque, désormais, des villes du monde –centres culturels, marques de vin, institutions, particuliers- lui offrent des pans entiers pour pleinement s’exprimer. Cet adepte des dualités goûte par exemple celle opposant le goût de l’éphémère (tag) et la nécessité du pérenne (mural). Echafaudages branlants à Marrakech, grues électriques souvent, le vertige presque toujours. Comme, en 2010, ce mur dantesque sur un parking d’Atlanta, 40 x 80 mètres,  cinq jours entiers à raison de douze heures d’affilée, bravant la cagnard diurne, les éclairs de nuit. «J’ai flippé. Un truc de titan. La grue sursautait, les rouleaux me pesaient. Le défi, c’est tenter la perfection de la machine en maintenant l’imperfection de l’humain. C’est ça, le beau».

HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed's interview
HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed’s interview

Tout un symbole d’optimisme : à Atlanta, son homme blanc accablé se lève, peu à peu. «Rise then give». Lève-toi et puis donne. En 2012, en Gambie, il vit une expérience limite. Dans un village fluvial, après des jours de bonheur, le lariam (médicament anti-malaria) le fait plonger dans une dépression tétanisante. «J’avais perdu mon âme, le pire qu’il se puisse connaître, bien pire que mon divorce encore». Sept mois à broyer du noir, jusqu’à une invitation à Sao Paulo, où REMED retrouve l’inspiration, le plaisir d’enseigner à des gamins, la vibration de modeler la matière. Cette symbiose, c’est aussi la récompense d’une attitude : à la différence de bien d’autres street artists, lui s’immerge dans le lieu d’accueil, visite en priorité les musées d’anthropologie ou des arts populaires, se documente, s’inspire de la culture ancienne et de ses cosmogonies. «Longtemps, j’ai cultivé l’ignorance pour mieux sentir. J’apprends, j’ai appris et je sens toujours autant». Sans perdre ses intuitions d’artistes. Un jour, invité par la municipalité de Belgrade, «ville 38 fois détruite en 400 ans», il peint une sainte dont un œuf doré émerge entre ses jambes. On lui dit ensuite, un peu ébahi, que c’est le symbole local de la création du monde !

Entre l’art marketing et l’art brut, il a choisi depuis belle lurette. A l’instar du musée de Villeneuve d’Ascq, son favori, qui confère à ce dernier ses lettres de noblesse. REMED boit à la source des cubistes, de Modigliani ou de Zinelli, pas des modes vendeuses. «Au lieu de développer un filon commercial, je ne veux pas oublier pourquoi je peins». Dans sa résidence-atelier de Madrid, il passe des journées à s’enthousiasmer –c’est-à-dire à méditer/enquêter/dessiner- sur l’Obuntu (union universelle, si je le fais pour moi, je le fais pour les autres), les figures octogonales, les carrés magiques, le « troisième œil» («l’organe de la conscience»), la sensualité des formes, la kinétique («comme la vibration influe sur la matière»), le cousinage entre science et spiritualité,« la nécessité de représenter l’aléatoire dans le cadre d’une structure». A l’écouter, les mathématiques et l’art ont beaucoup en commun. La précision, le rythme, la logique, les transmutations…Il montre ce poème, à déchiffrer bien sûr, sur une toile trônant dans sa chambre-atelier : « Conscience Devenue Matière/ Présence Bienvenue l’Ether/ L’essence Survenue Lumière». ”

François Musseau

Beyond the time Francois and all the team of Holiday Magazine gave to me, I have been happy to have my canvas “Le Léonogone” being printed on a great paper as the cover of this first reedition of the internationl magazine.

HOLIDAY MAGAZINE #69. Remed Cover

 

More update soon….

P e a c e

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